| JOURNAL DE MER d'Albert Seyrolle
Matelot à bord de LA CURIEUSE, 1912-1914 Si
le projet d'édition d'un ouvrage intitulé "Trois îles
pour trois naufrages" a été proposé à plusieurs
éditeurs, le document sera disponible fin janvier 1998. Il s'agit
du "Journal de Mer", d'Albert Seyrolle, membre de l'équipage
de la "CURIEUSE" de 1912 à 1914, sous le commandement de R. Rallier
du Baty. Dessinateur, l'auteur secondait, lors du second voyage de R.
Rallier du Baty, ce dernier et J. Loranchet dans leur travail de cartographie
de Kerguelen. Ce journal quotidien, rédigé au crayon, est
illustré de croquis. Il retrace le voyage depuis le départ
du Havre jusqu'à son interruption brutale en Australie pour cause
de guerre, qui fut fatale à son auteur. |
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JOURNAL DE MER par
Albert SEYROLLE |
Voici le récit retrouvé d'un
membre de l'équipage de la "CURIEUSE" (1912-1914), Albert Seyrolle, matelot
qui secondait le capitaine, R. Rallier du Baty, et surtout son second, Jean
Loranchet, comme dessinateur, dans leur travail de cartographie et d'hydrographie
des Kerguelen - travail commencé pendant le voyage du J.B.CHARCOT En
1909.
Initialement, R. Rallier du Baty avait le projet de réaliser, à
bord de la CURIEUSE, ketch auxiliaire de 55 tonneaux et long de 20 mètres,
une "circumnavigation et une exploration des îles inhabitées de
l'océan Indien et du Pacifique dans l'Hémisphère Sud" qui
devait durer cinq ans. Parti de Boulogne-sur-Mer le 15 juillet 1912, la première
guerre mondiale devait arrêter définitivement ce périple
le 24 décembre 1914 à Sydney, en Australie. Après un séjour
à Kerguelen du 22 octobre 1913 au 8 mai 1914.
L'équipage, à dominante bretonne, comprenait neuf membres, dont
trois officiers au long-cours. Plusieurs quittèrent le bord au gré
des escales africaines et sud-américaines... et des tempéraments,
remplacés par de nouvelles recrues. Les âges variaient de 32 ans
- le capitaine-à 14 ans - le mousse danois, "recruté" à
Cape-Town.
Albert Seyrolle, enfant du Cantal, ancien employé chez un notaire,
ancien matelot dans la Marchande et ancien sous-marinier, fit le voyage en entier.
Il avait 26 ans. Et chaque jour, il notait tout. Ses occupations à bord,
ou ses travaux à terre, mais aussi les activités et la vie du
bord, les mouillages aléatoires à Kerguelen, les heures d'aviron
avec le doris ou la JOCONDE dans les baies et autour des pointes, dans le dédale
des îles de l'archipel, pour aller faire des observations à l'horizon
artificiel. Il décrit en poète de sublimes couchers de soleil
en mer, de somptueux ciels de nuages, les bruits du vent et des colonies d'éléphants
de mer, mais aussi les énormes tempêtes rencontrées dans
lesquelles LA CURIEUSE, telle un vulgaire bouchon, n'était plus manœuvrable
et où chacun, alors, espérait en sa bonne étoile....
Ce "Journal de mer", rédigé au crayon - comme tout livre
de bord de navire pour résister à l'eau de mer -, d'une écriture
fine et régulière, sur papier pelure, sans rature, donne déjà
une indication quant au degré d'instruction de l'auteur, doué
en plus d'un bon coup de crayon qu'il utilise pour illustrer ses notes. De nombreuses
digressions cassent heureusement la monotonie des jours. Les souvenirs familiaux
(il était orphelin), les années passée dans la Marine d'Etat,
les rencontres d'anciens compagnons au cours des escales, ses idées philosophiques
bien arrêtées, et son refuge dans la lecture, lui permettent, dans
les moments de lassitude, de surmonter son isolement psychologique dans les
quelques mètres carrés surchargés et souvent très
humides du "poste d'équipage". Car il apparaît "assis entre deux
chaises". Il a du mal à échanger ses idées avec les autres
matelots, et, hiérarchie oblige, ne peut le faire avec l'état-major.
D'où l'intérêt de son journal, qui est un peu son confident.
Sans oublier, néanmoins, de rester discret sur ses compagnons, en notant
plusieurs fois noms, remarques et critiques... en sténographie.
Comme vous le savez sans doute, l'expédition de la "CURIEUSE", vu les
bouleversements mondiaux de l'époque, n'a pas fait l'objet d'un rapport
de la part de R. Rallier du Baty qui aurait pu atteindre le grand public, comme
lors du voyage du J.B. CHARCOT, Sinon un court compte rendu dans "La Géographie"
(1922), puis des conférences. Aussi, pour compléter le texte d'A.
Seyrolle, vous trouverez en annexe, outre le curriculum vitae de l'auteur et
des reproductions de documents inédits, le texte d'une conférence
intitulée "Le voyage interrompu de LA CURIEUSE" prononcée par
son capitaine quelques 25 ans plus tard, mais qui restitue dans son contexte,
et avec une vision différente, d'où les anecdotes ne sont pas
absentes, la genèse et le déroulement de cette expédi tion.
Nous avons pu joindre à ce "Journal" une reproduction, tout à
fait inédite à notre connaissance, de la carte de l'ar chipel
de Kerguelen au 1/300000", dessinée par A. Seyrolle à l'encre
noire sur une toile cirée mince. Et dont le cartouchetitre au crayon
n'est d'ailleurs pas terminé. C'est vraisemblablement une ébauche,
du projet de carte définitif, réalisée fin 1914 en Australie,
avant la dispersion de l'équipage. Et c'est sans doute la toute première
carte connue de Kerguelen, retrouvée soigneusement pliée dans
la boîte recouverte de peau de porc dans laquelle A. Seyrolle rangeait
tous ses "papiers" (son "Journal", le courrier reçu, les articles de
presse des escales ? dont plusieurs illustrent la présente édition,
etc.)
Il faut aussi préciser que le 'Journal de mer" d'Albert Seyrolle semble
présenter un intérêt particulier pour les historiens de
la mer. Il est en effet très rare qu'un matelot, aux XIXème et
XXème siècles, tienne un tel journal. "L'édition d'un journal
de matelot est un événement dans l'histoire des mentalités
et dans l'histoire maritime", comme il est souligné dans la présentation
d'un autre journal qui vient de paraître en librairie, celui d'un matelot
de Dumont d'Urville.
Sans refaire la genèse de la préparation de cette présente
édition - lire les LETTRES 41/42- sachez quand même que le travail
final qui a précédé la sortie de ce document a été
important, pour respecter au mieux le manuscrit (présentation, orthographe,
mots anciens - pingouins -, ponctuation, incorporation des croquis et des courtes
notes de sténo, légendes des photos, commentaires, etc.).
Enfin, rappelons que cette édition est une oeuvre collective. Ce
sont tout d'abord J. Laurent, le "découvreur" de ce "Journal de mer"
et René Vergnaud, neveu d'Albert Seyrolle et dépositaire des archives
de notre matelot; c'est ensuite l'aide de l'Amiral Claude Piéri, ancien
administrateur Supérieur des TAAF et celle de Henri Rallier du Baty,
le fils de Raymond; et enfin Lionel Maugis, "relais" entre le "découvreur",
son voisin, et l'AMAPOF. Ils ont participé à ce travail, terminé
et mis en forme par Pierre Décréau, aidé de Bernard Duboys.
"Heureuse nouvelle pour ceux qui s'intéressent à l'histoire des TAAF", comme nous l'a justement écrit récemment l'Amiral C. Piéri. Remarque qui ne peut que vous inciter à prendre rapidement connaissance de cette publication, qui intéresse déjà le Musée de la Marine, le Service Historique de la Marine, ainsi que l'Association générale amicale des anciens des sous-marins.
Dernière précision,
qui n'a rien à voir avec ce qui précède, une (modeste)
partie du prix de vente de ce "Journal de mer" sera reversé à
la station S.N.S.M. (Société Nationale de Sauvetage en Mer) de
Loguivy-de-la-Mer (Côtes d'Armor).