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LE
BATEAU-IGLOO
Trois hivernages dans le Grand
Nord |
Depuis son enfance Bernard Klin rêvait
de partir pour la baie d'Hudson. Ce forgeron breton construit donc un bateau
en association avec un "ami", celui-ci le lui vole... Repartant de zéro,
il s'expatrie, fait divers métiers pour économiser l'argent qui
lui permettra d'acquérir LOTUS, un Etac 33, voilier en acier de dix mètres.
En novembre 1988, à quarante ans, il largue les amarres en compagnie
de Dominique Duard, infirmière en milieu psychiatrique. D'Oléron
ils font voile vers Saint Pierre et Miquelon via La Martinique, les Bermudes
et Halifax. Hivernage au Petit Baraquai de Saint Pierre afin de s'acclimater
au froid et arrondir la caisse du bord. Ils gagnent ensuite Akulivik, en baie
d'Hudson où ils hivernent à Bab's Bay, non loin de la communauté
Inuit. En 1990-91, lorsque les glaces libèrent LOTUS, ils gagnent puis
remontent la côte ouest du Groenland jusqu'à Ummannaq au voisinage
duquel se déroule leur troisième hivernage, à Ikerasak.
Enfin, en 1992, ils regagnent Oléron via l'Islande et la mer d'Irlande.
Récit assez classique d'une croisière hors des sentiers battus
puisque depuis quelques années la mode est plutôt aux hivernages
en péninsule Antarctique. Une préface qui n'apporte rien (signée
Jean Malaurie), logomachique comme il se doit : la première ligne en
donne le ton : Un livre vrai. Et nécessaire. Dommage que les auteurs
aient cru nécessaire de faire appel à un "nom" pour présenter
leur expérience, certainement très enrichissante pour eux, plaisante
à découvrir par les voyageurs en chambre mais qui n'a plus aujourd'hui
le caractère exceptionnel qu'elle aurait eu il y a quelques décades.
Depuis une vingtaine d'années une douzaine de voiliers français
ont fréquenté l'Arctique, plus de trente l'Antarctique, une dizaine
d'équipages ont hiverné dans les glaces ; certains n'ont pas jugé
bon de publier leur aventure. L'un d'eux, surpris au détour d'un iceberg
austral, m'a même demandé de taire leurs noms et celui du bateau
: camarades de promotion fraîchement émoulus d'une école
d'ingénieurs, ils terminaient une sorte d'année sabbatique pour
faire le point entre copains avant de se lancer dans la vie active et de prendre
femme !
Cela n'ôte rien à l'intérêt du Bateau Igloo,
lequel aidera certains à s'évader de leur morne quotidien.