|
MINIK,
L'ESQUIMAU DÉRACINÉ
Give Me My Father's Body Par Kenn Harper |
Peary qui avait utilisé ce peuple
("d'utiles instruments dans mon œuvre arctique") dans le seul but d'atteindre
le Pôle.
K. Harper, enseignant canadien vivant depuis l'âge de vingt et un
an avec les Esquimaux, s'installe en 1980 à Qaanaak (Thulé) et
entend parler d'un certain Minik qui aurait été emmené
aux Etats-Unis au début du siècle. II enquête longuement
et découvre un personnage emblématique d'une réalité
sordide qui mêle les errements de l'anthropologie physique à la
conquête du Pôle. A peine débarqué du HOPE, à
New-York, Peary abandonne bientôt ses six "invités" après
les avoir fait exhiber devant trente mille spectateurs, encaissant 7500 dollars,
une somme énorme. Quatre d'entre-eux sont rapidement foudroyés
par une pneumonie. Le cinquième regagne le Grand Nord. Le dernier est
un garçon de huit ans, Minik, dont le père fait partie des victimes.
Adopté par un administrateur du Muséum, l'orphelin découvre
un jour (il avait 17 ans) dans une vitrine du Muséum un squelette au
nom de son père. Il se rend compte que l'enterrement auquel il avait
assisté n'avait été qu'une comédie montée
pour lui par les scientifiques. Qui expliquent que "c'était pour apaiser
l'enfant et l'empêcher de découvrir que le corps de son père
avait été disséqué et que son squelette faisait
désormais partie des collections du Muséum". Il alerte la presse
qui se fait son relais : "Rendez moi le corps de mon père ! "clame-t-il.
En vain. Mais le scandale éclabousse R. Peary qui renvoie l'enfant au
Groenland. Déraciné, déçu, se sentant étranger,
il regagne les Etats-unis où il meurt à 28 ans.
K. Harper montre la monstruosité du comportement des anthropologues
de l'époque qui considéraient les hommes autant d'un point de
vue commercial qu'expérimental.
Finalement l'auteur a fait plus que rendre son histoire à Minik
: il a mis fin à son errance en rendant le corps de son père a
sa terre natale.
d'après Le Monde du 30 mai 1997 et Ouest-France du 8 octobre 1997