Les îles Australes Françaises LES ÎLES AUSTRALES FRANÇAISES

Gracie Delépine
octobre 1995
Éditions Ouest-France, Rennes
Broché avec photos couleurs en
l et 4 de couverture, 15,3 x 23 cm
146 photos couleurs et 10 documents
N & B hors texte, 213 pages
ISBN 2.7373.1889.

Ne vous méprenez pas sur ce titre : Les îles australes ne se rapportent pas à l'archipel des Tubuaï ou Îles Australes, situées dans le Pacifique au sud de l'archipel de la Société, par 23 S 150 W. Sont ici concernées "nos taafiennes Îles" de Saint-Paul, Amsterdam, Crozet et Kerguelen. Etonnante coquille lorsque l'on connaît la qualité de l'auteur dont la compétence ne saurait être mise en doute: membre de la commission de toponymie des TAAF, principale rédactrice de la Toponymie des Terres Australes (éditée par le Territoire en 1973), conservateur en chef honoraire à la Bibliothèque nationale de France. Dans Les Terres australes, ouvrage malheureusement épuisé depuis longtemps et jamais réédité, publié en 1953 par les presses Universitaires de France (.collection Que sais-je ? n "506), E. Aubert de La Rue consacrait 73 pages sur 146 à ces Îles si chères à beaucoup d'entre nous. Depuis, pratiquement pas de synthèse relative aux trois districts. C'est pourquoi, sortie des presses pour le 40""" anniversaire de la création des TAAF, cette récente publication mérite attention. Destinée à un large public, elle ne saurait être complète mais n'en est pas moins bourrée de références et renseignements divers. Si elle n'apporte rien de vraiment nouveau aux spécialistes, mais tel n'est certainement pas son but, ses chapitres permettront à beaucoup de parfaire leurs connaissances et d'en corriger certaines, souvent de bonne foi colportées sur le terrain, de missions en missions, par certains "anciens". Onze chapitres: La découverte - Géographie, paysages - Le temps des baleiniers - Les expéditions scientifiques - La Marine Nationale française et les prises de possession - L'entreprise des frères Bossière - Les corsaires allemands et la seconde guerre - Retour aux Îles australes - Le T.O.M des T.A.A.F. Recherches au bout du monde Notre avenir à tous.
 Au fil des pages un certain nombre d'erreurs, imprécisions ou remarques, quoique mineures semblent devoir être signalées : - L'examen attentif de la carte IGN de Kerguelen ne permet pas, semble-t-il, d'y trouver des lacs de
cratère, de barrages glaciaires, de fonds de vallée ou de dépression sur les montagnes tabulaires aussi grands que le lac d'Annecy, long de 14 km (p.38). Seul le lac d'Hermance, ancien fjord séparé de l'anse du Radioleine par une sorte de delta alluvial s'en approche, dépassant de peu 12km. - Les lapins n'appartiennent pas à l'ordre des Rongeurs mais à celui des Lagomorphes (p.48 et 50). - A la page 51, au sujet des manchots, l'auteur n'échappe pas à une forme classique d'anthropomorphisme. On le lui pardonnera puisqu'il s'agissait de son premier contact in situ avec ces oiseaux. - Sauf de part et d'autre de la passe du cratère, les falaises qui ceinturent les pentes de Saint-Paul sont d'une altitude moyenne plus proche d'une cinquantaine de mètres que d'une centaine (p. 55). Bien que récent, le dernier incendie qui a ravagé Amsterdam n'est pas signalé (p.58) Déclenché en 1983 au dessus d'Entrecasteaux, couvant et reprenant à plusieurs reprises il avait pratiquement atteint la base. Vraisemblablement pour ne pas affoler les familles des hivernants son existence semble avoir alors été quelque peu occultée. Le grand bois de Phylicas en fut considérablement endommagé; la destruction des joncs et le piétinement des bovins favorisant l'enfouissement et la germination des graines une extension explosive des chardons s'ensuivit. - Toujours à la même page, il faut rappeler que les otaries ne sont pas de petits phoques même si par le passé, en pelleterie, on les a souvent dénommées phoques à fourrure. Les phoques n'ont pas d'oreille externe, contrairement aux otaries : la racine grecque otar signifiant oreille. - Les éléphants de mer étant des phoques il ne faut pas écrire: "...là, c'est enfin le royaume incontesté
des phoques et des éléphants de mer" (p.65). D'ailleurs, en fait de phoques, hormis les éléphants de mer on ne trouve à Kerguelen que quelques léopards de mer. - L'orthographe correcte de la Durvillée antarctique est Durvillea et non pas Durvillaea (p.33 et 151). - Ou sont donc localisées les cascades de plus de 1000 m de hauteur citées page 131? - L'ATLANTIS SErait sorti de la mer du Nord en passant au nord du Groenland (p. 141). Comment l'aurait-il pu ? Aucun bateau n'a encore réussi à contourner par le nord cette grande Ile. En 1993 le KAPITAN KHLEBNIKOF, de la classe des plus puissants brise-glace à propulsion diesel-électrique existante (22000CV) a tenté la première circumnavigation du Groenland et s'est retrouvé pris dans une glace de 7 mètres d'épaisseur en mer de Lincoln. Il fut dégagé le 4 septembre par le YAMAL, brise-glace à propulsion nucléaire de 75 000 CV (c/" LETTRE n?35, p.27 et 28). Seuls les brise-glaces russes de sa catégorie pourraient contourner le nord du Groenland. Opposés à l'énergie nucléaire, les gouvernements canadiens et groenlandais refusent la fréquentation de leurs eaux territoriales par de tels navires. - A l'Île Marion, de nature basaltique, un ingénieur, fut-il militaire, n'aurait pu trouver les matériaux pour faire du ciment, mélange d'argile et de calcaire finement pulvérisés et chauffés. Tout au plus peut-on y faire du mortier et du béton en ajoutant à de l'eau, du sable et des graviers trouvés sur place, du ciment d'importation, (p. 158). - Enfin, adjudant-chef étant un grade de sous-officier et non d'officier, deux jeunes femmes officiers n'ont donc pas été récemment affectées au service des transmissions de Kerguelen (p. 188).
 Quelques erreurs encore, non imputables à l'auteur, l'une au moins à Sylvie Rimbert qui a dessiné les cartes, les autres à l'éditeur. En page 4, le méridien 70?est mal placé : il ne passe pas à l'est de Kerguelen, Saint-Paul et Amsterdam puisqu'à Kerguelen il coupe la péninsule Courbet environ l km à l'est du Mont Crozier. Tout tirage fait à partir de duplicatas de diapositives obtenus par contact doit être effectué à l'envers pour restituer la réalité dans le bon sens. Ainsi dans la 6"? planche hors texte, la vue de PAF avec des bâtiments de l'AGI, la chapelle, le MARION Et le Pouce en arrière plan est manifestement à l'envers. L'auteur rappelle à juste titre que les films et photos d'Etienne Peau, relatifs à Kerguelen, ont disparu dans les bombardements du Havre (p. 132). A moins qu'il ne s'agisse de clichés d'Aubert de La Rue, quelques tirages concernant la station de Port Jeanne d'Arc, bien que légendes comme étant de Géorgie du Sud, semblent avoir échappé à la destruction et se trouver, par quelle voie détournée?, au musée océanographique de La Rochelle. La coexistence TAAF/IFRTP est élégamment évoquée (p. 166) : Ce système bicéphale parait assez lourd et délicat, et demande beaucoup de diplomatie réciproque pour fonctionner sans heurts. L'existence de la Lettre d'information est signalée (p. 180) ...ouvrant une tribune à la diversité des opinions sur les options de l'administration supérieure. Le bon accueil réservé à ce livre est pleinement justifié. Certaines informations, sur les frères Bossière et surtout les corsaires allemands, méritent une attention particulière, certaines des sources utilisées étant d'accès difficile. On regrettera toutefois l'absence d'index chronologique et alphabétique des noms de personnes et de bateaux comme on en trouve presque systématiquement dans les ouvrages anciens ou anglo-saxons.

Mise à jour le 1-02-2002