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Ne vous méprenez pas sur ce
titre : Les îles australes ne se rapportent pas à l'archipel
des Tubuaï ou Îles Australes, situées dans le Pacifique
au sud de l'archipel de la Société, par 23 S 150 W. Sont
ici concernées "nos taafiennes Îles" de Saint-Paul, Amsterdam,
Crozet et Kerguelen. Etonnante coquille lorsque l'on connaît la
qualité de l'auteur dont la compétence ne saurait être
mise en doute: membre de la commission de toponymie des TAAF, principale
rédactrice de la Toponymie des Terres Australes (éditée
par le Territoire en 1973), conservateur en chef honoraire à la
Bibliothèque nationale de France. Dans Les Terres australes, ouvrage
malheureusement épuisé depuis longtemps et jamais réédité,
publié en 1953 par les presses Universitaires de France (.collection
Que sais-je ? n "506), E. Aubert de La Rue consacrait 73 pages sur 146
à ces Îles si chères à beaucoup d'entre nous.
Depuis, pratiquement pas de synthèse relative aux trois districts.
C'est pourquoi, sortie des presses pour le 40""" anniversaire de la création
des TAAF, cette récente publication mérite attention. Destinée
à un large public, elle ne saurait être complète mais
n'en est pas moins bourrée de références et renseignements
divers. Si elle n'apporte rien de vraiment nouveau aux spécialistes,
mais tel n'est certainement pas son but, ses chapitres permettront à
beaucoup de parfaire leurs connaissances et d'en corriger certaines, souvent
de bonne foi colportées sur le terrain, de missions en missions,
par certains "anciens". Onze chapitres: La découverte - Géographie,
paysages - Le temps des baleiniers - Les expéditions scientifiques
- La Marine Nationale française et les prises de possession - L'entreprise
des frères Bossière - Les corsaires allemands et la seconde
guerre - Retour aux Îles australes - Le T.O.M des T.A.A.F. Recherches
au bout du monde Notre avenir à tous.
Au fil des pages un certain nombre d'erreurs, imprécisions
ou remarques, quoique mineures semblent devoir être signalées
: - L'examen attentif de la carte IGN de Kerguelen ne permet pas, semble-t-il,
d'y trouver des lacs de
cratère, de barrages glaciaires, de fonds de vallée ou de
dépression sur les montagnes tabulaires aussi grands que le lac
d'Annecy, long de 14 km (p.38). Seul le lac d'Hermance, ancien fjord séparé
de l'anse du Radioleine par une sorte de delta alluvial s'en approche,
dépassant de peu 12km. - Les lapins n'appartiennent pas à
l'ordre des Rongeurs mais à celui des Lagomorphes (p.48 et 50).
- A la page 51, au sujet des manchots, l'auteur n'échappe pas à
une forme classique d'anthropomorphisme. On le lui pardonnera puisqu'il
s'agissait de son premier contact in situ avec ces oiseaux. - Sauf de
part et d'autre de la passe du cratère, les falaises qui ceinturent
les pentes de Saint-Paul sont d'une altitude moyenne plus proche d'une
cinquantaine de mètres que d'une centaine (p. 55). Bien que récent,
le dernier incendie qui a ravagé Amsterdam n'est pas signalé
(p.58) Déclenché en 1983 au dessus d'Entrecasteaux, couvant
et reprenant à plusieurs reprises il avait pratiquement atteint
la base. Vraisemblablement pour ne pas affoler les familles des hivernants
son existence semble avoir alors été quelque peu occultée.
Le grand bois de Phylicas en fut considérablement endommagé;
la destruction des joncs et le piétinement des bovins favorisant
l'enfouissement et la germination des graines une extension explosive
des chardons s'ensuivit. - Toujours à la même page, il faut
rappeler que les otaries ne sont pas de petits phoques même si par
le passé, en pelleterie, on les a souvent dénommées
phoques à fourrure. Les phoques n'ont pas d'oreille externe, contrairement
aux otaries : la racine grecque otar signifiant oreille. - Les éléphants
de mer étant des phoques il ne faut pas écrire: "...là,
c'est enfin le royaume incontesté
des phoques et des éléphants de mer" (p.65). D'ailleurs,
en fait de phoques, hormis les éléphants de mer on ne trouve
à Kerguelen que quelques léopards de mer. - L'orthographe
correcte de la Durvillée antarctique est Durvillea et non pas Durvillaea
(p.33 et 151). - Ou sont donc localisées les cascades de plus de
1000 m de hauteur citées page 131? - L'ATLANTIS SErait sorti de
la mer du Nord en passant au nord du Groenland (p. 141). Comment l'aurait-il
pu ? Aucun bateau n'a encore réussi à contourner par le
nord cette grande Ile. En 1993 le KAPITAN KHLEBNIKOF, de la classe des
plus puissants brise-glace à propulsion diesel-électrique
existante (22000CV) a tenté la première circumnavigation
du Groenland et s'est retrouvé pris dans une glace de 7 mètres
d'épaisseur en mer de Lincoln. Il fut dégagé le 4
septembre par le YAMAL, brise-glace à propulsion nucléaire
de 75 000 CV (c/" LETTRE n?35, p.27 et 28). Seuls les brise-glaces russes
de sa catégorie pourraient contourner le nord du Groenland. Opposés
à l'énergie nucléaire, les gouvernements canadiens
et groenlandais refusent la fréquentation de leurs eaux territoriales
par de tels navires. - A l'Île Marion, de nature basaltique, un
ingénieur, fut-il militaire, n'aurait pu trouver les matériaux
pour faire du ciment, mélange d'argile et de calcaire finement
pulvérisés et chauffés. Tout au plus peut-on y faire
du mortier et du béton en ajoutant à de l'eau, du sable
et des graviers trouvés sur place, du ciment d'importation, (p.
158). - Enfin, adjudant-chef étant un grade de sous-officier et
non d'officier, deux jeunes femmes officiers n'ont donc pas été
récemment affectées au service des transmissions de Kerguelen
(p. 188).
Quelques erreurs encore, non imputables à l'auteur, l'une
au moins à Sylvie Rimbert qui a dessiné les cartes, les
autres à l'éditeur. En page 4, le méridien 70?est
mal placé : il ne passe pas à l'est de Kerguelen, Saint-Paul
et Amsterdam puisqu'à Kerguelen il coupe la péninsule Courbet
environ l km à l'est du Mont Crozier. Tout tirage fait à
partir de duplicatas de diapositives obtenus par contact doit être
effectué à l'envers pour restituer la réalité
dans le bon sens. Ainsi dans la 6"? planche hors texte, la vue de PAF
avec des bâtiments de l'AGI, la chapelle, le MARION Et le Pouce
en arrière plan est manifestement à l'envers. L'auteur rappelle
à juste titre que les films et photos d'Etienne Peau, relatifs
à Kerguelen, ont disparu dans les bombardements du Havre (p. 132).
A moins qu'il ne s'agisse de clichés d'Aubert de La Rue, quelques
tirages concernant la station de Port Jeanne d'Arc, bien que légendes
comme étant de Géorgie du Sud, semblent avoir échappé
à la destruction et se trouver, par quelle voie détournée?,
au musée océanographique de La Rochelle. La coexistence
TAAF/IFRTP est élégamment évoquée (p. 166)
: Ce système bicéphale parait assez lourd et délicat,
et demande beaucoup de diplomatie réciproque pour fonctionner sans
heurts. L'existence de la Lettre d'information est signalée (p.
180) ...ouvrant une tribune à la diversité des opinions
sur les options de l'administration supérieure. Le bon accueil
réservé à ce livre est pleinement justifié.
Certaines informations, sur les frères Bossière et surtout
les corsaires allemands, méritent une attention particulière,
certaines des sources utilisées étant d'accès difficile.
On regrettera toutefois l'absence d'index chronologique et alphabétique
des noms de personnes et de bateaux comme on en trouve presque systématiquement
dans les ouvrages anciens ou anglo-saxons.
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