![]() |
IMARRA
- Aventures Groenlandaises,
par Georges de Caunes |
Imarra - peut-être - expression fataliste des esquimaux, inspire le
récit passionnant de Georges de Caunes, témoignage, livre d'aventure,
de mémoire et de réflexion.
Envoyé spécial de la Radiodiffusion française, Georges
de Caunes accompagne en 1948 la première mission Paul-Emile Victor
au Groenland. Quittant la France au lendemain d'une guerre qui ne l'a pas
épargné, Georges de Caunes découvre à trente ans
“ un pays plus mystérieux que le Tibet ”. Enthousiaste, curieux de
tout, le jeune journaliste est entouré de personnalités aussi
singulières que celles de Samivel, Michel Pérez, Jean Malaurie
et bien entendu Paul-Emile Victor, chef d'expédition et âme des
missions polaires françaises.
D'emblée, Georges de Caunes se fait remarquer par la diversité
de ses intérêts : il enregistre des chants traditionnels esquimaux,
s'intéresse aux enjeux géostratégiques du grand Nord,
et regagne Paris par le chemin des écoliers, vagabondant seul le long
de la côte Ouest du Groenland. On le voit même, de passage à
Copenhague, courir interviewer un Céline écumant de rage.
Georges de Caunes revient riche d'une enivrante liberté. Journaliste
de radio, bientôt tenté par l'aventure d'une télévision
débutante, il partage dans l'île Saint-Louis une bohème
fraternelle qui unit les grandes signatures de la presse parisienne. Mais
il repart vers les glaces dès l'été 1949, volontaire
pour une mission à haut risque : parachuter, par -35° au dessus
de la calotte glaciaire, des tonnes de matériel aux hivernants des
Expéditions polaires.
Deux ans plus tard, abandonnant la présentation du premier journal
télévisé, la sécurité et les promesses
de la célébrité, Georges de Caunes quitte tout pour repartir
dans le grand Nord, “ parce que si partir c'est mourir un peu, il y a une
façon de mourir tout à fait qui est de rester chez soi en attendant
la mort ”.
Georges de Caunes revendique le droit à l'incertitude, au "peut-être"
- Imarra - des esquimaux. En 1951, membre à part entière des
Expéditions polaires, il traverse le Groenland d'Ouest en Est à
la latitude moyenne de 70° nord, lutte pendant des semaines contre le
froid, le blizzard et la glace. Abrité dans un igloo au cœur du Groenland,
participant à toutes les tâches de l'expédition, il livre
le récit profondément authentique d'un homme qui se fait une
haute idée de son métier de reporter. Engagé dans l'action,
Georges de Caunes dresse des portraits vivants, plein d'humanité, des
personnages qui l'entourent. Son "Imarra" est un "peut-être" empreint
de discrétion et de modestie. L'aventure, l'exploration laissent aussi
place au voyage intérieur, itinéraire intime d'un être
secret, sensible et cultivé. Georges de Caunes témoigne avec
chaleur, avec vigueur, de l'une de ses plus grandes aventures d'homme libre,
pour qui l'incertain - Imarra - est l'expression même d'une infinie
vivacité.
Mais cet ouvrage intéressera aussi tous ceux qui ont suivi,
depuis plusieurs lustres pour beaucoup d'entre nous, ce journaliste qui attire
la sympathie. Et comme j'en fais parti, je ne résiste pas à
l'envie de vous faire redécouvrir son parcours grâce aux quelques
extraits ci-après du portrait paru dans Le Monde.
Eternel marginal et étonnant voyageur de l'audiovisuel,il est
doté d'un solide non conformisme. Au seuil de sa quatre-vingtième
année, celui qui fut l'une des premières "stars" de la télévision
est loin d'avoir tiré un trait sur son atypique carrière. Il
a toujours d'autres projets d'écriture et d'évasion.
Car Georges de Caune est inépuisable, tant il a vécu de
multiples vies. Apprenti juriste, précepteur, élève-officier,
faux déserteur, gardien de la paix, vrai résistant, journaliste
à tout faire, explorateur, comédien d'occasion, animateur d'émissions
de variétés, publicitaire, présentateur "du" journal
télévisé de 20 heures (quand il n'y en avait qu'un),
naufragé volontaire, commentateur sportif, pensionnaire de zoo...
Deux choses encore sur celui dont de Gaulle appréciait les impertinences
et Mitterand utilisa les services pour améliorer ses prestations télévisées.
Homme désabusé, G. de Caunes n'a pas manqué de
mettre en exergue d'un des chapitres d'Imarra ces mots de Charles d'Orléans:
"Le monde est ennuyé de moy et moy pareillement de lui".
Enfin, il avait imposé son chien sur le plateau du "JT", ce qui
contribua beaucoup à sa célébrité. N'aurait-il
pas, là, péché par immodestie ? Encore une fois, il a
le dernier mot: " Eider attirait la caméra afin qu'elle ne s'attarde
pas sur la tête de l'homme pendant qu'il parlait de la connerie des
hommes".
(d'après l'Editeur, Le Monde-TRM du 11/17.05.98, et BDL)