![]() |
|||
PRÉSENTATION DE LA 50ème LETTRE
![]() |
Mon
intention, en commençant cet éditorial, était d'évoquer
les noces d'argent de notre association qui fête son 25ème
anniversaire, et comme il est d'usage en pareille occasion, de vous inviter,
à vous pencher sur son passé, fait de liens d'amitié,
de générosité, et aussi de mémoire, de la fierté
d'avoir participé à une aventure hors du commun aux confins
de la vie sociale, de l'hostilité du climat et de l'isolement, d'évoquer
aussi le plaisir, de nous retrouver périodiquement, lors des rencontres
régionales ou aux assemblées générales annuelles. C'était l'occasion de remercier et de rendre hommage à ses fondateurs pour leur esprit de dévouement et de fraternité qui les a conduits à inscrire la solidarité dans nos statuts. C'était aussi vous informer sur l'avancement du projet de livre regroupant vos récits relatifs à des évènements vécus au cours de vos séjours dans les TAAF. Ils commencent à nous parvenir encore trop peu nombreux, à mon gré. Ils témoigneront de l'histoire récente des TAAF et seront édités dans le cadre de la commémoration du 25ème anniversaire, avec un peu de retard s'il le faut, pour vous donner un peu plus de temps pour écrire. C'était enfin l'occasion d'évoquer l'avenir de l'AMAPOF, celui du Territoire et des organismes qui, malgré quelques problèmes d'environnement, y oeuvrent avec talent. Et bien d'autres réflexions jubilatoires comme il se doit pour célébrer un anniversaire. |
Mais voilà... en cette fin de la première année
du troisième millénaire, les événements planétaires
que nous vivons rendent apparemment un peu dérisoires nos préoccupations
« amapofiennes » . Ainsi le terrible attentat terroriste de New
York nous plonge dans la stupeur et l'indignation : l'inconcevable devient réalité.
Ainsi les bombardements en Afghanistan vont inévitablement, avec l'hiver,
provoquer l'exode de populations déjà durement éprouvées
par la sécheresse et la dictature de religieux à l'intégrisme
intolérable. Ainsi les agressions bactériennes aux USA font resurgir
la menace du fléau des grandes épidémies d'antan que l'on
pensait éradiquées à tout jamais. La succession de tous
ces événements nous donne l'impression d'une accumulation de catastrophes
insupportables.
Elles semblent s'inscrire comme une suite logique des évènements
qui, depuis quelques décennies, ne cessent de nous interpeller, comme
les modifications des climats, l'amenuisement de la couche d'ozone, le sang
et les hormones de croissances contaminés, les vaches folles, les licenciements
injustifiés, la violence à la TV., et dans les cités.
Ces événements montrent que les équilibres dynamiques,
sensibles aux facteurs des environnements physiques, sociaux,économiques,
psychologiques, sur lesquels repose le fonctionnement de notre civilisation
sont en train de se détériorer, parce que de plus en plus ignorés
ou négligés.
Les causes sont vraisemblablement trop multiples et complexes et les effets
parfois trop contradictoires, pour être justifiés en quelques lignes.
On peut toutefois avancer quelques arguments de bon sens pour tenter de comprendre.
L'Homme doté d'un comportement génétique hérité
de son animalité a trop tendance à exploiter son environnement
au-delà de ses besoins individuels. Sous la pression du progrès
scientifique et du développement des techniques, le monde rapetisse.
Les distances se comptent désormais en temps. Le « village »
s'enrichit, mais ses habitants ne jouissent pas des mêmes avantages et
des mêmes droits. Pourtant les échanges, la croissance, les profits
s'ils sont bien utilisés sont de nature à favoriser les progrès
sociaux, le développement de la connaissance, le bien être des
citoyens, la Paix. Le monde occidental malgré ses tensions internes reste
une oasis de richesse dans un océan de misère.
L'augmentation des tensions engendrées entre les individus, les classes
sociales, les nations, sont susceptibles de provoquer des déferlements
irréversibles dont nous commençons à vivre les effets.
La croissance ne doit pas affecter les équilibres dynamiques et fragiles
qui font de notre Terre une planète bleue qui a donné naissance
à la vie, qui s'est développée non sans mal, et de laquelle
l'esprit tente de se dégager convulsivement dans la douleur. Unique dans
le système solaire, probablement rare dans l'espace galactique où
elle est placée. Nous sommes appelés individuellement selon notre
libre-arbitre, qui tourmentait tant Blaise Pascal, à la préserver.
Dieu semble avoir bien du mal avec notre espèce pour le faire accéder
à l'intelligence consciente qui la distingue de l'animal. 11 ne s'agit
peut-être que d'une crise d'adolescence puisque les premières manifestations
« humanoïdes » ne datent que d'un million d'années ce
qui est peu au regard des quatorze milliards d'années de l'évolution.
Qu'attendons nous pour l'aider à (nous) en sortir?
Il est cependant réconfortant de rencontrer des hommes et des femmes
de bonne volonté qui travaillent pour le progrès et la connaissance,
pour la compréhension des équilibres fragiles de l'environnement
afin de mieux le protéger, qui se préoccupent de l'avenir et de
la sauvegarde de notre espèce.
Je citerai deux rencontres récentes qui peuvent paraître insignifiantes
eu égard à la gravité des évènements évoqués
au début de cet article, parce qu'elles intéressent l'avenir lointain
de l'Homme, au-delà de la durée de nos vies individuelles.
Comme vous le savez notre Assemblée Générale à Brest
s'est déroulée dans les locaux de l'IFRTP mis aimablement à
la disposition de lAMAPOF par son Directeur Monsieur Gérard Jugie, que
je remercie chaleureusement à cette occasion, pour nous avoir accueillis
et guidés personnellement à travers les multiples recherches effectuées
dans son établissement.
Au cours de cette visite, j'ai pu apprécier les progrès du projet
« Concordia » , à l'origine franco italien, devenu quasiment
européen, et maintenant international avec la participation active d'équipes
américaines. Cette ouverture témoigne de l'intérêt
des recherches sur l'étude de l'évolution des climats et de l'atmosphère,
qui y seront effectuées, grâce aux carottes forées dans
la glace accumulée depuis 500000 ans environ sous le dôme C. L'utilisation
de ce site, proposé pour l'étude du stress dans des conditions
d'isolement et de confinement on ne peut plus extrêmes sur des groupes
d'individus, pour simuler les effets du stress pendant un voyage vers Mars,
est particulièrement pertinente. Ce site est en effet un des seuls où
les hiver-nants seront, quoi qu'il advienne, hors de portée d'intervention
pendant la longue nuit de l'hiver polaire.
La deuxième rencontre que je voulais
vous rapporter a eu lieu quelques jours plus tard, au cours d'un colloque sur
le stress en environnement extrême, organisé par PESA à
Toulouse. En dehors des exposés destinés à faire le point
sur l'expérience acquise par les nombreux organismes habitués
à travailler dans les milieux hostiles, les débats ont été
consacrés à l'importance de la prise en compte des facteurs humains
dans l'évaluation et la faisabilité d'un voyage à destination
de Mars. Les conclusions ne sont bien sûr pas définitives ni concluantes
devant l'importance la complexité et le nombre des problèmes à
résoudre. Cependant, à mon point de vue, la démonstration,
de la faisabilité du projet en prenant en compte les connaissances actuelles
et celles à venir, et la définition des motivations, sont un préalable
nécessaire à la plus grande adhésion de la communauté
scientifique mondiale et des populations de notre planète. La colonisation
de Mars, pour diviser par deux le risque de collisions avec les corps célestes
qui traversent périodiquement le système solaire en menaçant
d'anéantir l'Homme et sa civilisation, me parait de nature à intéresser
le plus de monde à ce projet. Ce serait en tout cas un bon test pour
évaluer l'importance que l'Homme attache au devenir de sa descendance
et à l'espèce à laquelle il appartient. L'intérêt
pour sa réalisation, qui s'étendrait sur les deux ou cinq prochains
siècles montrerait au moins que nous serions capables d'assez de générosité
pour résoudre d'abord les problèmes qui nous empoisonnent aujourd'hui.
En attendant il est toujours encourageant de rencontrer des individus qui s'y
intéressent.
En pensant avoir réussi à vous avoir entraînés, le
temps de la lecture de cet article, du cauchemar actuel à l'anticipation
d'un rêve un peu naïf; peut être irréaliste, dans lequel
« Concordia » aurait un rôle à jouer, j'espère
vous avoir un peu distraits et vous avoir suggéré l'Espérance.
Je vous adresse, pour vous et votre entourage, au nom du bureau de l'AMAPOF
mes voeux les meilleurs pour l'année 2002, faits du bonheur de ne pas
manquer de l'essentiel c'està-dire de satisfaire vos besoins matériels,
affectifs, d'avoir la meilleure santé possible, et par-dessus tout la
chance de retrouver la paix, favorisée par notre générosité.