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Tout d’abord, je voudrais remercier notre Après vingt
ans d’expéditions dans les ami Camille Aupic pour avoir réussi à TAAF, l’émergence
de ce besoin de organiser les assises de notre 28e assem-retrouvailles n’a
pas été un phénomène blée générale à Bourges en un lieu sym-isolé. Il s’est
manifesté aussi, presque pathique sur les rives de l’Auron. simultanément, dans
la région de Nîmes Cette réunion comptera dans les annales et Marseille autour
de Jean Runtz et de de notre association parce que, au cours Louis Quéré. C’est
dans cet esprit que les de l’assemblée générale extraordinaire textes
fondateurs de l’AMAPOF, préparés inscrite au programme de notre ren-par Pierre
Décréau et Bernard Duboys de contre, vous avez bien voulu adopter les Lavigerie
et leurs complices, avaient été modifications de nos statuts proposées votés
lors de l’assemblée constitutive de par notre conseil d’administration. 1976.
Historiquement l’AMAPOF est née d’un Aujourd’hui ce besoin est toujours aussi
besoin, manifesté par les membres des fortement ressenti. Le plaisir des retrouexpéditions
dans les Terres australes et vailles est quasiment palpable lors des en Terre
Adélie, de se retrouver pour pro-rencontres des membres d’une même longer des
liens d’amitié et de solidarité mission, qu’elle soit ancienne ou récente.
noués sur le terrain. On peut s’interroger sur les raisons du En 2005, le
Territoire fêtera le cinquansuccès du premier rendez-vous donné, tième
anniversaire de sa création. Avec aux membres de sa mission, au Café de le
temps, les membres des missions aus-Savoie à Grenoble, par Gilbert
Bon-Mar-trales et antarctiques ont pris le recul dion en 1971. Peut-être
étaient-ils tous nécessaire pour emboîter l’histoire de plus ou moins
conscients que ces liens leur avaient permis de surmonter les difficultés d’un
environnement climatique hostile et de supporter, à la fois, l’isole-ment par
rapport à la vie sociale et affective dont ils étaient privés et la promiscuité
par rapport au petit groupe dans lequel ils étaient confinés. Isabelle
Autissier, que je remercie au passage pour la préface qu’elle vient d’écrire
au premier tome de " Mémoire à plusieurs voix,
50 ans de souvenirs polaires ", en cours de parution, fait l’hypothèse
d’un environnement propice à la découverte de la " vérité ". Vérité
qui se manifeste aussi vraisemblablement dans les relations humaines, tant il
est impossible, dans un environnement aussi décapant, de dissimuler longtemps
ses défauts comme ses qualités et ses compétences réelles. Le doute n’est alors
plus permis sur l’authenticité des relations et la qualité des amitiés.
leurs séjours
individuels dans une histoire qui est en train de s’écrire pour rendre compte
de plus d’un demi-siècle de présence française polaire et subpolaire
ininterrompue. Un demi-siècle d’une histoire vécue par ceux qui s’y sont
succédé pour construire non seulement ce Territoire, mais aussi autour de lui,
des activités scientifiques, politiques, administratives, diplomatiques et
culturelles de plus en plus nombreuses dans des domaines aussi divers que
l’histoire, la philatélie, les arts, les techniques, le tourisme... Cette
histoire s’intègre elle-même dans un passé de près de 250 ans, ce qui élargit
encore plus le champ de son intérêt. Toute une communauté s’intéresse à
l’histoire des régions polaires. Ses membres consultent et recherchent des
témoignages à travers des documents souvent non référencés et encore très dispersés.
Ils publient des articles, notamment dans la LETTRE. Ils écrivent des
ouvrages parfois édités par l’AMAPOF. Ils donnent des conférences, … Ils
s’in-quiètent aussi pour la conservation de leurs archives et la gestion d’un
patrimoine commun sur lequel ils ont des droits naturels et, dans le respect
des dispositions légales, ils ont une opinion à faire valoir.
Dans le
domaine de l’art, l’accumula-tion d’œuvres d’écrivains, de photographes, de
peintres, de sculpteurs, de graveurs, amateurs ou professionnels patentés,
commence à devenir significative. On peut rêver de voir un jour rassemblé
dans le cadre d’une exposition un échantillonnage de leur production. Depuis
l’Année géophysique internationale, à l’origine de la vocation scientifique
du Territoire, les programmes de recherche se sont considérablement étendus.
Ils débordent largement les limites du territoire dans lequel ils étaient cantonnés.
Ils couvrent désormais l’environ-nement maritime polaire et sub-polaire. Cette
évolution a entraîné de profonds changements de structures, en particulier
l’effacement des EPF de la scène opérationnelle et la création de l’IPEV. Elle
nécessite une nouvelle répartition équitable des tâches pour le développement
de la recherche et pour assurer sa pérennité.
De nombreux
chercheurs, techniciens et marins explorent les océans Arctique et Antarctique,
du fond à la surface, pour en extraire les indices qui témoignent de
l’évolution de notre planète. Dans les laboratoires métropolitains, européens,
et même étrangers tellement la recherche est devenue affaire internationale,
de nombreuses équipes utilisent des résultats en provenance de l’en-semble des
régions polaires et préparent de nouvelles expériences. Elles utilisent avec
brio les nouvelles technologies développées par les grandes agences nationales
(CNRS, CEA, CNES, IFREMER, Centres universitaires de recherche, MNHN) ou
européennes comme l’ESA et le CERN, qui se trouvent de plus en plus impliquées.
Le résultat est parfois littéralement stupéfiant.
A ce propos, permettez-moi une digression de quelques lignes
pour vous faire partager mon enthousiasme lors de la récente journée
scientifique du Comité national français des recherches arctiques et
antarctiques (CNFRA) organisée par son président Yvon Le Maho. Des équipes de
jeunes chercheurs, passionnés, intelligents, astucieux, et un brin humoristes,
nous ont montré comment, grâce à leur maîtrise des nouvelles technologies,
des albatros et des éléphants de mer peuvent devenir des océanographes, des
éthologues, des physiologistes performants. Equipés par leurs soins de
quelques capteurs interrogés et localisés par satellites, ingérés ou fixés sur
leurs crânes, ces animaux transmettent une foule de renseignements inédits
enregistrés tout au cours de leurs plongées profondes et répétées, effectuées
pendant leurs pérégrinations ou leurs vols circumterrestres.
La communauté
administrative a subi aussi de profondes modifications. Après la dissolution du
corps des administrateurs de la France d’outre-mer qui remplissaient
naturellement les fonctions d'" Adsup ", des amiraux, dont la gestion
et le commandement ont été unanimement appréciés, ont occupé le poste. La
période suivante a vu défiler des administrateurs issus d’horizons les plus
divers dont les compétences et les tempéraments n’étaient pas toujours
précisément ceux que l’on pouvait attendre dans un territoire aussi atypique.
Le passage de madame Brigitte Girardin actuellement ministre de l’Outre-mer a
été marqué par le rétablissement de relations constructives et confiantes
entre les TAAF et l’AMAPOF d’une part et par la délocalisation du siège des
TAAF à Saint-Pierre de la Réunion d’autre part. Deux événements qui vous
paraîtront sûrement disproportionnés en importance, si vous ne les considérez
pas du point de vue de notre association. La nomination d’adminis-trateurs
issus des corps préfectoraux pourrait être, à mon sens, une des mieux adaptées
à condition toutefois qu’ils possèdent les qualités requises et la connaissance
préalable du terrain tant il est vrai que dans ce Territoire pas comme les
autres, ce sont les qualités humaines intrinsèques à chaque individu qui
comptent. Quoi qu'il en soit, la pérennité de ce Territoire si particulier est
hautement souhaitable. Doté de statuts originaux, il est le garant de la stabilité
des activités qui y sont exercées, en particulier des activités scientifiques,
en les mettant partiellement à l’abri des modes et des tendances qui traversent
périodiquement les objectifs des grands organismes de recherche. Des
parlementaires se préoccupent aussi de l’avenir des Terres australes et
antarctiques françaises. Un groupe d’étude sur l’Arctique, l’Antarctique et les
terres australes a été créé au Sénat par Lucien Lanier pour suivre les événements
susceptibles de se dérouler dans les régions polaires et sub-polaires dont
l’intérêt géopolitique et stratégique est incontestable. Les diplomates aussi,
en participant aux travaux du traité sur l’Antarctique qui garantit la
protection de l’environ-nement du continent antarctique véritable patrimoine
de l’humanité, apportent avec des experts une contribution importante à la
gestion de cette région de monde.
L’activité
halieutique s’est aussi organisée, surveillée par des contrôleurs de pêches
sous la direction du MNHN. Elle est pratiquée sur la zone exclusive
d’ex-ploitation (ZEE) autour des TAAF, une des plus étendues au monde. Elle est
protégée par des navires de la Marine nationale qui pourchassent de plus en
plus efficacement les bateaux pirates qui pillent jusqu’à épuisement les ressources
de la zone depuis la découverte des bancs de légines qui peuplent ses fonds.
Je me permets de citer encore les radioamateurs qui
ont été longtemps des auxiliaires précieux pour l’exercice de la médecine des
sites isolés avant qu’elle ne s’appelle télémédecine, et qui continuent à
manifester le plus vif intérêt, les philatélistes toujours fidèles et passionnés
depuis l’émission des premiers timbres de Madagascar surchargés "Terres
australes et antarctiques françaises " ou bien " Terre Adélie,
Dumont d’Urville 1840 " émis par le Territoire, enfin les touristes,
nouveaux venus dans le paysage taafien et déjà désireux de garder le contact,
comme le montrent les relations qu’ils ont nouées avec les représentants de
l’AMAPOF qu’ils ont rencontrés pendant leurs voyages.

Cette
énumération, qui n’est pas exhaustive, montre combien, depuis la création de
l’AMAPOF, l’environnement des régions polaires et subpolaires a évolué. Les domaines
scientifique et économique se sont très largement étendus. De nouveaux
domaines d’intérêt se sont manifestés, en particulier dans les champs culturel,
diplomatique et politique. De plus en plus de personnes s’in-téressent aux
pôles et à leurs régions, mais ne pouvaient pas adhérer à l’AMA-POF en raison
des statuts restrictifs de l’association qui exigeait un séjour obligatoire
sur le terrain pour valider leurs adhésions.
C’est pour
bénéficier des compétences de toutes ces communautés, pour recevoir plus
d’informations à diffuser et élargir ainsi son audience que l’AMAPOF a voté à
l’unanimité de ses membres présents ou représentés à l’assemblée générale
extraordinaire de Bourges les modifications nécessaires à leurs statuts pour
les accueillir. Désignés comme membres associés, ils jouiront des mêmes droits
et obligations que tous les autres membres : service gratuit de la LETTRE, participation aux
manifestations organisées par l’associa-tion, même montant de cotisations. Ils
figureront, sauf refus de leur part, dans l’annuaire, dans l’ordre alphabétique
avec les membres actifs. Ils pourront même participer à la direction de
l’AMAPOF en siégeant au conseil d’ad-ministration au même titre que les membres
actifs, dans la limite cependant du tiers du nombre de sièges pourvus.

Pour
terminer, une conséquence heureuse de la modification de nos statuts, qui
mentionnent clairement leur caractère culturel et leur objectif de solidarité,
est de pouvoir bénéficier d’une réduction de l’impôt sur le revenu égale à 60 %
du montant de notre cotisation. Elle sera applicable dès 2005 sur le montant de
l’imposition des revenus perçus en 2004.
Pour conclure
cet éditorial, trop long comme d’habitude, je ne voudrais pas manquer de vous
présenter mes vœux les plus sincères. Dans les temps troublés que nous traversons,
marqués par la guerre, la croissance de la pauvreté, et les attentats, ils
consistent bien sûr à retrouver bientôt la PAIX pour tous dans le monde. Pour
chacun de vous mes vœux sont de trouver, ou retrouver la paix en soi, car, les
psychologues vous le diront bien mieux que moi, c’est la clef indispensable
pour accéder au bonheur de vivre. Enfin, avec un peu d’humour puisqu’il faut
garder les pieds sur terre, je vous souhaite de croire au Père Noël pour qu’il
vous apporte les plus beaux cadeaux du monde, ainsi qu’à tous nos camarades qui
passeront les fêtes de fin d’année dans les bases ou sur les navires. Ce sera
la preuve que vous avez su garder votre âme d’enfant.
René Bost Président de l'AMAPOF